La France compte aujourd’hui plusieurs milliers de friches industrielles, pour une surface totale comprise entre 90 000 et 150 000 hectares, selon les chiffres avancés par le Sénat et repris par plusieurs rapports parlementaires. Ce chiffre, plutôt stable depuis 2020, illustre l’ampleur de l’héritage laissé par la décélération industrielle amorcée à la fin des années 1970 : fermetures d’usines, délocalisations, fin d’exploitations minières, etc.
La CASIAS (Carte des anciens sites industriels et activités de services) recense plus de 320 000 anciens sites industriels et de services
Cette absence d’inventaire national exhaustif reste un frein identifié par les parlementaires. Sans connaissance concrète du foncier disponible, les collectivités peinent à programmer sa reconversion.
Cette absence d’inventaire national exhaustif reste un frein identifié par les parlementaires. Sans connaissance concrète du foncier disponible, les collectivités peinent à programmer sa reconversion.
Dans un contexte de réindustrialisation et de sobriété foncière, les friches constituent donc un gisement stratégique. Leur mobilisation reste néanmoins conditionnée à la maîtrise de plusieurs contraintes, notamment environnementales, économiques et réglementaires.
Quels sont les freins à leur reconversion et quels leviers permettent aujourd’hui de les rendre à nouveau mobilisables pour des projets industriels ?
Une opportunité pour réindustrialiser sans consommer de nouvelles terres
Ce foncier délaissé est aujourd’hui perçu comme une ressource stratégique plutôt qu’un problème résiduel. Dans un contexte de rareté du foncier disponible et d’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN), inscrit dans la loi Climat et résilience, recycler une friche permet d’installer une nouvelle activité sans consommer d’espace naturel, agricole ou forestier. Plutôt que d’étaler de nouvelles zones d’activité, les friches offrent des terrains souvent déjà raccordés aux réseaux et situés à proximité d’infrastructures de transport. Or ce sont environ 20 000 hectares d’espaces naturels qui sont artificialisés chaque année en France.
La dépollution : l’un des principaux freins à la reconversion des friches
L’historique industriel de certaines friches peut avoir laissé des pollutions dans les sols, et parfois dans les nappes phréatiques : métaux lourds (plomb, cadmium, mercure, arsenic, etc.), hydrocarbures ou encore solvants chlorés. À cela peuvent s’ajouter la présence d’amiante ou de plomb dans les structures bâties, complexifiant leur reconversion vers de nouveaux usages.

Des coûts et des délais qui peuvent compromettre la faisabilité du projet
Le coût moyen se situe autour de 500.000 € par hectare, mais peut grimper à plusieurs millions d’euros pour des sites fortement contaminés ou nécessitant un traitement des nappes. La présence simultanée de plusieurs polluants (hydrocarbures et métaux lourds combinés, par exemple) complique le diagnostic et alourdit la facture.
Un terrain dont la dépollution coûte plus cher que sa valeur foncière prend mécaniquement une valeur négative. Ce déséquilibre économique explique pourquoi de nombreuses friches restent en l’état pendant des années, faute de porteur de projet prêt à en assumer le coût.
Coût de dépollution > valeur foncière = valeur du terrain potentiellement négative
Un déséquilibre qui explique pourquoi tant de friches restent à l'abandon, faute d'acteur prêt à en assumer le passif.Quels leviers pour rendre les friches à nouveau mobilisables ?
Des dispositifs publics mobilisables
Le Fonds friches
Piloté via l'ADEME et intégré depuis 2023 au Fonds Vert, doté de 750 millions d'euros sur 2021-2022. Il a accompagné plus de 1 300 projets et permis de recycler environ 3 375 hectares à fin 2024.
Source : CeremaLa procédure du tiers demandeur
Instaurée par la loi ALUR de 2014, elle permet à un acteur volontaire de se substituer à l'exploitant défaillant ou insolvable pour la remise en état d'un site.
Source : CMS LawDes outils d'aide à la décision
Des solutions comme UrbanVitaliz, Bénéfriches (ADEME) ou Cartofriches (CEREMA) facilitent le diagnostic, le montage financier et le suivi des projets.
Source : UrbanVitaliz
Le regard d'Etyo
ETYO accompagne les repreneurs de friches industrielles dans le montage de leurs dossiers de demande de subventions auprès de l’ADEME, en structurant le diagnostic technique et financier attendu par le Fonds Vert. Cet appui permet de sécuriser l’obtention des aides à la dépollution et de fluidifier le calendrier du projet, souvent ralenti par la complexité administrative de ces financements.
FAQ
Les friches industrielles représentent un enjeu majeur pour la réindustrialisation car elles constituent un gisement foncier déjà artificialisé, souvent situé à proximité des infrastructures, des réseaux et des bassins d’emploi. Leur reconversion permet ainsi d’accueillir de nouvelles activités industrielles tout en limitant la consommation de terres naturelles ou agricoles. Leur mobilisation reste toutefois conditionnée à la maîtrise de plusieurs contraintes, notamment la pollution des sols, les coûts de dépollution et les délais de remise en état.
Non. L’historique industriel d’un site peut indiquer un risque de pollution, mais seule la réalisation d’études et de diagnostics permet d’en déterminer la présence, la nature et l’étendue. L’inscription d’un ancien site dans la CASIAS ne signifie donc pas, à elle seule, que le terrain est pollué.
Le Fonds Vert soutient notamment le recyclage foncier des friches. L’ADEME propose également des dispositifs d’aide pour les études et travaux de dépollution des friches polluées ou présentant un risque de pollution. Les conditions d’éligibilité et le niveau d’aide dépendent notamment des caractéristiques du site, du projet et du porteur.
Pour aller plus loin
France 2030 : une plateforme pour sélectionner les meilleurs sites « clés » en main
https://www.etyo.com/ressources/france-2030-une-plateforme-pour-selectionner-les-meilleurs-sites-cles-en-main/
La Zéro Artificialisation Nette (ZAN) : défis et opportunités
https://www.etyo.com/ressources/blog/la-zero-artificialisation-nette-zan-defis-et-opportunites/









