Introduction
Le marché des data centers s’est profondément diversifié depuis l’essor d’Internet, passant de modèles de colocation retail et wholesale à des infrastructures hyperscale dédiées aux géants du cloud. Aujourd’hui, l’essor de l’intelligence artificielle accélère cette évolution, imposant des architectures plus denses, flexibles et hybrides. Face à des besoins en constante mutation, les data centers de demain devront concilier performance, modularité et capacité d’adaptation pour répondre à des usages toujours plus exigeants.
Il existe différents modèles de data centers. Afin de comprendre cette nouvelle classe d’actifs et son marché, il est nécessaire de bien saisir les subtilités des différentes infrastructures développées aujourd’hui.
Nous mettrons de côté les data centers non neutres comme les data centers d’entreprise (banques, ministères,…) et les data centers télécom, pour nous concentrer sur les data centers neutres, qui se sont développés au début des années 2000 avec l’essor d’Internet. Un data center est dit neutre (carrier neutral data center) lorsqu’il permet l’interconnexion entre plusieurs opérateurs de télécommunication. Les data centers neutres vis-à-vis des réseaux permettent aux clients hébergés de choisir leurs fournisseurs de raccordement internet ou même de connecter leurs différents sites de manière privée, via fibre noire par exemple.
Le data center neutre est appelé data center de colocation et se décline en deux types : le data center de colocation retail et le data center de colocation wholesale.
Le data center de colocation retail est exploité par un opérateur responsable du bon fonctionnement des installations techniques. L’opérateur commercialise, au sein des data halls, de l’espace raccordé électriquement (une ou plusieurs baies, voire même des quarts ou des demi-baies) afin de permettre aux clients d’installer leurs propres serveurs informatiques. Il propose également de la connectivité pour que les clients puissent raccorder leurs serveurs aux réseaux.
Les data centers de colocation retail sont multi-locataires et peuvent accueillir des centaines de clients. Les clients ont des besoins relativement modestes en matière de puissance informatique. Il est difficile de définir une limite précise, mais il est courant que les contrats atteignent des dizaines ou des centaines de kilowatts.
La demande placée du marché retail parisien, documentée par CBRE depuis 2012, représente moins de 8 MW IT en moyenne annuelle. Depuis la crise du Covid, on observe une augmentation du marché retail, mais la moyenne annuelle sur les cinq dernières années reste inférieure à 10 MW IT.
Après avoir présenté les spécificités du modèle retail, intéressons-nous désormais au marché de la colocation wholesale, qui répond aux besoins bien plus importants des grands utilisateurs et s’est fortement développé avec l’arrivée des hyperscalers.
Les opérateurs de colocation wholesale se concentrent sur ces grand utilisateurs, dont les besoins peuvent conduire à la mise à disposition d’une cage privative verrouillable dans un data hall, d’un data hall complet ou même, avec l’arrivée des clients hyperscalers, d’un data center entier.
Comme évoqué précédemment, la frontière entre les modèles retail et wholesale reste floue. CBRE retient toutefois un ordre de grandeur d’environ 500 kW pour distinguer les deux segments, tout en rappelant que certains contrats de colocation retail ont récemment dépassé ce seuil.
Ainsi, le data center de colocation wholesale peut être multi-locataire ou mono-locataire (single tenant building).
À Paris, le marché wholesale était pratiquement inexistant jusqu’en 2016, année de l’arrivée des hyperscalers. À partir de 2021 le marché wholesale a explosé avec le développement de grands data centers dits hyperscale.
Nous verrons par la suite que ces data centers mono-locataires dédiés aux hyperscalers se déclinent en trois modèles de développement distincts.
Les besoins croissants des géants du cloud en matière d’infrastructures numériques ont fait émerger trois déclinaisons de data centers hyperscale : le build-to-suit data center, l’Hyperscale Self Operated data center et l’Hyperscale Self Build data center.
Build-to-suit data center
Avec la montée en puissance des besoins des grands fournisseurs de cloud hyperscale, la pré-commercialisation, apparue à partir de 2020, a permis l’émergence d’un nouveau schéma de colocation wholesale : le build-to-suit data center.
Ce modèle sur mesure repose sur un partenariat étroit entre l‘opérateur de data center et le futur locataire, en amont du projet, afin de construire une infrastructure spécifiquement adaptée aux besoins d’un client unique.
Hyperscale Self Operated data center
En 2021 apparaît une variante du modèle précédent. Certains opérateurs fournissent et exploitent un data center pour un unique client hyperscale durant la phase de montée en charge progressive. Une fois le site entièrement occupé, l’exploitation est ensuite reprise directement par le client.
Hyperscale Self Build data center
Enfin, un troisième modèle est apparu en Europe, à Dublin, dès 2008 : les data centers hyperscale construits et exploités directement par les grands fournisseurs de services cloud.
Dans ce schéma, des acteurs comme AWS, Microsoft ou Google développent leurs propres infrastructures sans faire appel à un opérateur Tier.
À ce jour, aucun data center de ce type n’a encore été construit sur le marché parisien. CBRE évoquait en 2021 un projet d’AWS à Brétigny-sur-Orge, qui aurait pu devenir le premier data center « hyperscale self build » de la région parisienne. Le projet a depuis été abandonné, mais il ne serait pas surprenant de voir ce type d’infrastructure émerger prochainement en Île-de-France.
L’émergence de l‘intelligence artificielle (IA) et du calcul haute performance (HPC) entraîne des évolutions techniques majeures qui transforment en profondeur les data centers. Avec l’arrivée des processeurs graphiques (GPU) utilisés pour les systèmes d’IA, le refroidissement par air atteint ses limites. La densité par baie augmente fortement et, au-delà de 25-30 kW/baie, il devient nécessaire d’adopter un refroidissement liquide, appelé DLC.
Cette hausse de densité énergétiques a également des conséquences :
- sur la chaîne électrique, qui impose une révision des architectures traditionnelles,
- sur la charge au sol, car le poids des baies augmente considérablement.
Ces transformations donnent naissance à deux grandes familles de data centers IA, déjà en plein essor aux États-Unis et qui devraient rapidement apparaître en Europe.
Les IA Factories (training)
Ces campus haute densité sont conçus pour les charges de travail d’entraînement des modèles IA (workload training), avec des densités pouvant dépasser 200 kW/baie. Les Neoclouders proposant des services GPU (GPU as a Service) recherchent activement ce type d’infrastructure en Europe. La logique d’implantation des IA Factories se résume par l’expression anglaise « Power First » : ces infrastructures sont moins sensibles à la latence et peuvent donc s’installer en dehors des grands marchés FLAP-D, dans des zones où l’énergie est abondante, décarbonée, abordable et disponible rapidement.
Les data centers IA-ready (inférence)
Ces data centers sont pensés pour héberger les charges liées à l’usage quotidien des applications IA, comme les requêtes Copilot. Ils doivent être proches des utilisateurs finaux et connectés à des réseaux fibre à très faible latence, à l’image des infrastructures cloud actuelles.
Concrètement, pour la région cloud parisienne, nous devrions voir émerger dans les prochains années des data centers hyperscales mixtes cloud + IA. Il s’agira d’infrastructures dotées de systèmes de refroidissement hybrides (air + eau), capables d’absorber des densités élevées et de basculer selon les besoins du marché entre workloads IA – portés par la montée en puissance de l’inférence – et workloads cloud plus traditionnels.
Cette capacité des hyperscalers à optimiser en continu le mix entre workloads IA et charges classiques offrira une flexibilité accrue et permettra d’éviter une obsolescence rapide des data centers.
Le développement de l’intelligence artificielle bouleverse profondément le design des data centers. Aujourd’hui, ces infrastructures deviennent fortement dépendantes des technologies hardware, notamment celles proposées par des acteurs comme Nvidia. Or, le rythme d’innovation est sans précédent : de nouvelles générations de plateformes IA apparaissent tous les ans, avec des mises à jour tous les 6 mois et des densités de puissance toujours plus élevées. À l’inverse, concevoir et construire un data center prend 3 à 4 ans. Résultat : un risque croissant d’obsolescence, parfois dès la mise en service.
Mais au-delà de la technologie, une autre question se pose : celle des usages.
Les data centers spécialisés uniquement dans l’entraînement des modèles pourraient-ils eux aussi, devenir obsolètes ?
Les projections montrent que l’inférence, c’est-à-dire l’exploitation des modèles en production, pourrait représenter plus de 50% de la capacité IT dédiée à l’IA d’ici 2030. Face à cette double incertitude (technologie et fonctionnelle) de nouvelles approches émergent.
On observe une montée en puissance des architectures modulaires et préfabriquées, reposant sur des infrastructures constituées de modules ou de conteneurs prêts à l’emploi. Cette approche permet d’accélérer significativement les délais de déploiement tout en offrant une plus grande flexibilité face aux évolutions rapides du marché et des technologies.
Cette approche standardisée, plus agile, permet de répondre à une grande diversité de besoins : du cloud provider au neo-clouder, en passant par des charges plus spécifiques liées à l’IA. L’infrastructure peut ainsi être ajustée et « scalée » plus rapidement en fonction des contraintes techniques des clients.
Le data center de demain devrait évoluer vers des modèles hybrides, où coexisteront des data halls dédiés au cloud et à l’inférence, ainsi que des capacités d’entraînement, éventuellement déportées. On verrait alors coexister, au sein d’un même ecosystème, des modèles d’IA en phase d’apprentissage et d’autres déjà opérationnels, exploitant ces apprentissages pour délivrer des services aux utilisateurs en continu. Le data center n’est plus une infrastructure figée : il devient une plateforme évolutive conçue pour s’adapter en continu aux cycles rapides de l’IA.
FAQ
Le data center retail s’adresse à des clients ayant des besoins limités en puissance, avec des espaces mutualisés (baies ou racks). À l’inverse, le wholesale répond à des besoins beaucoup plus importants, avec des espaces dédiéss pouvant aller jusqu’à un data center entier pour un seul client.
Un data center hyperscale est une infrastructure conçue pour répondre aux besoins massifs des géants du cloud (AWS, Microsoft, Google). Ces sites offrent une très grande capacité de calcul et peuvent être exploités selon différents modèles : build-to-sit, self operated ou self build.
Un data center de colocation est un data center neutre qui permet à plusieurs clients d’héberger leurs serveurs tout en choisissant librement leurs opérateurs télécoms. Il facilite ainsi l’interconnexion et l’accès aux réseaux.
Si vous avez des questions, contactez directement nos experts !

Jean-Philippe ROUYER
Manager Data Center
jean-philippe.rouyer@etyo.com









