Face à l’accélération des exigences réglementaires, financières et sociétales en matière de transition écologique, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à structurer leur stratégie climat. Nous vous proposons de décrypter dans cet article un organisme qui s’impose progressivement comme un référentiel clé pour définir des trajectoires de décarbonation crédibles, robustes et comparables à l’échelle internationale : la Science Based Targets initiative (SBTi).
SBTi : de quoi parle-t-on exactement ?

SBTi est une initiative internationale née de la collaboration entre plusieurs organisations de référence, dont le WWF (World Wide Fund), les Nations Unies et le CDP (Carbon Disclosure Project).
Son objectif : accélérer la transition vers une économie bas carbone, en alignant les trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) des entreprises avec les Accords de Paris de 2015.
Concrètement, SBTi propose un cadre méthodologique, des ressources et des outils permettant aux entreprises de définir des objectifs climatiques fondés sur la science. Ces objectifs, appelés ‘Science Based Targets’, sont alignés avec les trajectoires de décarbonation compatibles avec une limitation du réchauffement climatique à +1,5 °C, en respectant les budgets carbones établis par le GIEC. Cette vérification vise notamment à renforcer la crédibilité des démarches climatiques et à lutter contre les pratiques de greenwashing.
Un engagement en forte croissance
L’adhésion croissante des entreprises à la démarche SBTi témoigne d’une véritable tendance de fond, portée à la fois par des dynamiques de marché et par l’anticipation des évolutions réglementaires.

Du côté des grands groupes, le mouvement est particulièrement marqué : la majorité des entreprises du CAC 40 ont déjà fixé, ou se sont engagées à fixer, des objectifs SBT, confirmant l’émergence d’un nouveau standard de référence en matière de stratégie climat. Plus largement, la dynamique est mondiale : environ 11 000 entreprises étaient engagées auprès de SBTi en 2025, soit une progression de +11 % par rapport à 2024.
Au-delà de l’effet d’entraînement, cette mobilisation s’explique également par une volonté croissante d’anticiper les futures réglementations climatiques. Les objectifs SBTi, alignés avec les trajectoires « well-below 2°C » du GIEC – et, dans certains cas, compatibles avec un scénario à +1,5 °C – imposent un niveau d’ambition élevé. En s’engageant volontairement à réduire significativement leurs émissions de scopes 1, 2 et 3 d’ici 2030 et 2040, et à atteindre la neutralité carbone à horizon 2050, les entreprises se placent dans une posture proactive, leur permettant d’anticiper d’éventuelles obligations réglementaires à venir.

Cette démarche favorise également une meilleure compréhension des risques climatiques et de transition, contribuant à renforcer la résilience des modèles économiques. Dans ce contexte, le secteur du bâtiment et de l’immobilier se distingue tout particulièrement, compte tenu de son poids dans les émissions globales.
Mise en œuvre d'une démarche SBTi
Le parcours proposé par SBTi se décompose en cinq grandes étapes :
- Engagement public : l'entreprise formalise son intention de définir des objectifs SBTi et dispose ensuite d'un délai d'1 an pour les faire valider,
- Définition des objectifs et des moyens : cette étape repose notamment sur la réalisation d'un bilan carbone, indispensable pour identifier les principaux postes d'émissions,
- Soumissions des objectifs à SBTi : accompagnée des justificatifs nécessaires,
- Validation et communication : en cas d'approbation, SBTi accompagne l'entreprise dans la valorisation de sa démarche;
- Renouvellement des objectifs : tous les 5 ans.

Le cas spécifique du bâtiment : un levier stratégique majeur
Une fois les objectifs globaux définis à l’échelle de l’entreprise, il est essentiel d’intégrer les spécificités sectorielles, via les différents cadres crées.
Le seuil SBTi marquant l’obligation d’utiliser le cadre/référentiel « Buildings » est fixé à plus de 20% des émissions totales liées aux actifs immobiliers.
Ce référentiel permet de décliner les trajectoires de réduction à l’échelle des bâtiments, en intégrant notamment les émissions liées à l’exploitation ainsi que celles liées à la construction du site. Il est donc indispensable de monitorer les consommations énergétiques afin d’identifier efficacement les leviers d’amélioration de la performance environnementale du bâtiment.
L’utilisation de ces outils reste relativement accessible, et les entreprises peuvent souvent les renseigner de manière autonome. En revanche, la construction d’un plan d’action opérationnel, cohérent avec les ambitions SBTi, constitue un véritable enjeu stratégique. C’est précisément sur cette dimension qu’un cabinet de conseil spécialisé peut apporter une forte valeur ajoutée : définition des trajectoires énergétiques, hiérarchisation des leviers d’action, pilotage de la performance carbone, arbitrages technico-économiques, etc.

Impact financier
La question de la rentabilité d’un engagement SBTi fait naturellement débat. Plusieurs études ont analysé l’impact des objectifs SBT sur la performance financière et environnementale des entreprises, principalement sur des groupes cotés. Les résultats restent prudents : l’effet observé est généralement positif ou neutre, mais en tout état de cause non défavorable.
Autrement dit, s’engager dans une trajectoire SBT ne semble pas pénaliser la performance économique, tout en contribuant à structurer la réduction de l’empreinte carbone.
Pour les PME, la démarche peut représenter un investissement significatif : frais d’enregistrement, coûts d’accompagnement, mobilisation interne pour la collecte et le suivi des données, charge administrative liée au reporting. Un rapport conjoint publié par EY et SBTi souligne également la nécessité pour SBTi de poursuivre ses efforts de standardisation méthodologique afin de limiter les risques de greenwashing et d’apporter davantage de clarté aux entreprises.
L’initiative poursuit par ailleurs sa structuration méthodologique, ce qui devrait renforcer progressivement la lisibilité et la valeur stratégique de la démarche.
Conclusion - SBTi : faut-il se lancer ?
En résumé, il est possible de mettre en évidence plusieurs avantages clés :
- Crédibilité renforcée auprès des parties prenantes,
- Reconnaissance internationale d’une trajectoire climat robuste,
- Structuration et pilotage stratégique des actions de décarbonation.
Néanmoins, l’engagement dans SBTi ne constitue qu’une étape dans la démarche de décarbonation.
Définir une trajectoire alignée 1,5°C constitue une première étape structurante, mais ne garantit en rien sa mise en œuvre effective. Le véritable enjeu réside dans la capacité des organisations à :
- Monitorer de manière continue leurs émissions (qualité et granualité des données)
- Traduire les objectifs en plans d’actions opérationnels, chiffrés et priorisés,
- Arbitrer dans le temps entre performance carbone, contraintes techniques et réalités économiques.
Autrement dit, la valeur d’une trajectoire SBTi dépend moins de son ambition affichée que de sa capacité à être pilotée dans la durée.
Dans ce contexte, les entreprises qui tireront réellement parti de la démarche seront celles capables de dépasser l’exercice de conformité pour en faire un véritable outil de pilotage stratégique, intégré aux décisions d’investissement, de gestion d’actifs et d’exploitation.
FAQ
La Science Based Targets initiative (SBTi) est un organisme international qui accompagne les entreprises dans la définition d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre alignés avec les connaissances scientifiques et les Accords de Paris. Elle fournit des méthodologies reconnues et valide les trajectoires de décarbonation afin de renforcer leur crédibilité.
La validation SBTi permet de démontrer la robustesse et la cohérence d’une stratégie climat auprès des investisseurs, clients, partenaires et collaborateurs. Elle contribue également à anticiper les évolutions réglementaires, à limiter les risques de greenwashing et à structurer efficacement les actions de réduction des émissions.
Le secteur immobilier représente une part importante des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Lorsqu’une entreprise tire plus de 20 % de ses émissions de ses actifs immobiliers, elle doit généralement s’appuyer sur le référentiel « Buildings » de la SBTi. Celui-ci permet de définir des objectifs adaptés aux bâtiments et d’identifier les leviers d’amélioration liés à la construction, à l’exploitation et à la performance énergétique des actifs.
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Arielle ANDRIAN
Sustainable Real Estate Manager









